Dans plusieurs endroits du monde, l’accès à l’éducation et la possibilité de voyager ou de réseauter à l’étranger sont limités par les réalités frontalières, la violence étatique et les inégalités matérielles. C’est le cas dans les quartiers urbains de Kuala Lumpur, à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar, ainsi que dans les communautés autochtones de Bornéo. Pour ceux et celles qui y habitent, les frontières sont une réalité tangible et quotidienne qui peut les freiner. La diplomatie universitaire en pratique, un projet d’échanges universitaires appuyé par le programme des Bourses de la reine Elizabeth (BRE), se pose en solution : par-delà les frontières, les participant.e.s créent des liens de confiance et résolvent ensemble des problèmes.

Chapeauté par le Centre d’initiatives de l’Asie-Pacifique (CAPI) de l’Université de Victoria, le projet se fonde sur des relations plus vieilles que le programme des BRE même.

La gestionnaire du projet, Robyn Fila, travaille avec diverses organisations partenaires en Asie du Sud-Est depuis plus de 15 ans : le Centre de développement social Karenni à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar, l’Institut de recherche sociale de la Malaisie à Kuala Lumpur et PACOS Trust à Bornéo.

Ces partenariats de longue date sont au cœur du projet. Accueillis d’entrée de jeu à titre de collaborateurs, les boursiers et boursières arrivent dans des réseaux bien établis où les liens de confiance sont solides. Ils et elles se joignent ainsi à des initiatives communautaires bien enracinées.

Pendant des stages de six mois, 25 étudiantes et étudiants de premier cycle de l’Université de Victoria collaborent avec les partenaires locaux sur des initiatives en santé, en éducation, en leadership et en développement communautaire, souvent à l’intention des jeunes réfugié.e.s ou autochtones, pour qui l’accès à l’éducation formelle peut s’avérer difficile. Les collaborations bénéficient autant aux boursières et boursiers qu’aux partenaires. En fonction des besoins de leurs communautés, les organisations orientent les efforts, auxquels les stagiaires contribuent par leur temps et leurs compétences.

Ici, la diplomatie universitaire n’est pas qu’une idée théorique : elle s’incarne de manière bien concrète dans les programmes de mentorat, les projets de mise en récit, les projets-cadres créatifs et les ateliers avec des leaders locaux.

Toutes ces activités soutiennent les jeunes, leur font gagner en confiance et en autonomie, et leur donnent accès à des occasions sociales et économiques tout en respectant les valeurs et les priorités de leur communauté.

Les retombées se font particulièrement ressentir chez les populations réfugiées, qui n’ont généralement pas accès à des échanges universitaires ou à d’autres occasions d’apprentissage à l’étranger.

« Grâce à ces expériences d’éducation profondément ancrées dans la réciprocité, tout le monde apprend », explique Robyn Fila.

Dans ces échanges qui construisent des relations durables, les boursières et boursiers de la reine Elizabeth offrent leurs perspectives occidentales, des ressources universitaires et l’accès à un réseau professionnel.

Les effets du projet transcendent le temps et l’espace. Les organisations locales consolident leur capacité à cocréer du savoir et à le disséminer à l’étranger.

Les stagiaires de l’Université de Victoria reviennent mieux outillé.e.s pour leurs carrières en recherche, en éducation, en diplomatie ou dans la fonction publique, ayant notamment exercé leur humilité culturelle, fait l’expérience d’une citoyenneté mondiale et appris à nouer des partenariats éthiques. Ces partenariats se poursuivent d’ailleurs bien après le départ des stagiaires, tissant un réseau de solidarité international opérant selon une logique relationnelle plutôt que transactionnelle.

Les problèmes mondiaux actuels exigent une coopération transfrontalière. La diplomatie universitaire en pratique offre, à cet égard, un exemple inspirant de collaboration internationale. Axé autour de relations réciproques et d’un engagement pérenne, le projet valorise une éthique ancrée dans la confiance et la responsabilité mutuelle, ainsi que dans une vision à long terme.