Le journalisme d’enquête est souvent évalué à l’aune des reportages publiés. Le travail accompli en amont de la publication est, quant à lui, moins visible.
Des mois, voire des années, de recherche. L’établissement d’une relation de confiance avec des personnes dont la vie a été profondément bouleversée. La vérification minutieuse de chaque fait. La confrontation à des difficultés juridiques, à des critiques publiques et, parfois, à des menaces personnelles. Les journalistes travaillant sur ces enquêtes endossent une responsabilité immense, non seulement pour faire éclater la vérité, mais aussi pour rendre justice aux personnes qui leur ont confié leur histoire.
C’est cet engagement en faveur de l’intérêt général que les Prix Michener récompensent depuis plus de 50 ans. Instituée par l’ancien gouverneur général Roland Michener, cette récompense, la plus haute distinction canadienne en matière de journalisme d’intérêt public, célèbre les reportages qui renforcent la reddition de comptes, informent la population canadienne et entraînent des changements significatifs. Depuis 2020, la Fondation Rideau Hall est fière d’assurer le rôle de gestionnaire des Prix Michener, contribuant ainsi à perpétuer cette importante tradition.

Le Prix Michener de cette année a été décerné à Radio-Canada pour Dérives : le labyrinthe de Lyme, une enquête menée par Olivier Bernard sur des cliniques privées faisant la promotion de traitements controversés contre la maladie de Lyme dite chronique. Ces révélations ont donné lieu à des enquêtes de la part des pouvoirs publics, à un examen minutieux de la part des professionnel.le.s du milieu médical, et à une relance du débat sur la sécurité des patient.e.s et la surveillance médicale.
L’enquête primée a été sélectionnée parmi un groupe exceptionnel de finalistes dont les reportages ont mis en lumière la violence conjugale, remis en question l’attribution de contrats publics, révélé des lacunes graves en matière de sécurité dans le secteur du camionnage, mis au jour des ingérences politiques dans l’octroi de financements publics, et mis en évidence des défaillances dans la supervision du personnel enseignant. Ces enquêtes ont entraîné des poursuites pénales, des enquêtes gouvernementales, des réformes réglementaires et des changements qui ont renforcé la sécurité des Canadien.ne.s.

Au cours de la cérémonie de remise des prix, les journalistes ont notamment évoqué ce qu’implique la réalisation de tels reportages. Bien que ces enquêtes aient été très différentes les unes des autres, un point commun est apparu clairement : ce travail est centré, avant tout, sur les individus.
Beaucoup ont évoqué les liens qu’elles et ils tissent avec les personnes et les familles qui ont subi des préjudices et sont en quête de réponses, d’explications ou de justice. Ces récits continuent de les marquer longtemps après leur publication. Si de nombreuses enquêtes finissent par influencer les politiques ou susciter des réformes systémiques, ce n’est que rarement l’objectif initial. La motivation est bien plus personnelle : faire éclater la vérité, donner la parole à celles et ceux qui ont été ignorés, et contribuer à prévenir la répétition de tels préjudices.
L’incidence du journalisme d’enquête se mesure souvent à l’aune des nouvelles politiques, des enquêtes publiques ou des réformes institutionnelles, mais c’est sur la vie des personnes qu’il sert qu’il a le plus d’effet. Dans certains cas, ces enquêtes ont permis de protéger des communautés vulnérables, d’éviter l’aggravation du préjudice et, littéralement, de sauver des vies.
Si une seule salle de nouvelles reçoit le Prix Michener chaque année, tous les finalistes méritent d’être mis à l’honneur. Leur travail nous rappelle qu’une démocratie saine repose sur des journalistes prêts à poser des questions difficiles, à suivre les faits où qu’ils mènent, et à raconter des histoires qui, sans leur travail, ne seraient jamais entendues.
Lauréate et finalistes du Prix Michener 2025
Lauréate
Lire le communiqué de presse consacré à la lauréate ici.

Radio-Canada – Dérives : le labyrinthe de Lyme
Cette enquête sur le monde de la maladie de Lyme dite chronique a remis en question la désinformation et les pratiques médicales douteuses, et a entraîné des enquêtes de la part des pouvoirs publics, un examen minutieux de la part des professionnel.le.s du milieu médical, et une relance du débat sur la sécurité des patient.e.s et la surveillance médicale.
Finalistes
Lire le communiqué de presse consacré aux finalistes ici.

CTV News – Sleeping With The Enemy
Cette enquête a mis au jour un réseau en ligne au sein duquel des femmes auraient été droguées et filmées à leur insu par des partenaires en qui elles avaient confiance. Cette affaire a entraîné plus de 60 chefs d’accusation, une enquête de Santé Canada et des propositions de modifications législatives.

The Globe and Mail – Alberta Health Procurement Controversy
Ce reportage a révélé les liens entre des représentant.e.s du gouvernement de l’Alberta et des entreprises ayant obtenu des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars dans le secteur de la santé, ce qui a incité le gouvernement à réagir et a donné lieu à une enquête de la GRC, actuellement toujours en cours.

La Presse – Chauffeurs Inc.
Cet article a mis en lumière des lacunes dangereuses dans le secteur du camionnage au Canada, révélant comment une faille fiscale permettait à certaines entreprises de faire appel à des sous-traitants insuffisamment formés. Ce reportage a entraîné des modifications de la réglementation fiscale et un renforcement des contrôles de sécurité routière au Québec.

The Trillium – Skills Development Fund Investigation
Ce reportage a mis au jour des ingérences politiques dans le Fonds pour le développement des compétences de l’Ontario, et a donné lieu à des enquêtes, à des poursuites judiciaires et à un examen public plus minutieux quant à la manière dont les fonds publics étaient alloués.

Winnipeg Free Press – Classroom Confidential
Cet article a révélé certaines défaillances dans le système disciplinaire des enseignant.e.s du Manitoba, qui permettaient à des professionnel.le.s de l’éducation reconnus coupables de fautes professionnelles de continuer à enseigner. Ces révélations ont entraîné des démissions, des réformes réglementaires et un renforcement de la surveillance.