une groupe de jeunes sur les marches d'un immeuble

Leadership
10 février, 2021

L’engagement civique des jeunes : l’assurance d’une démocratie florissante

Par Teresa Marques et Marlene Floyd

Le 6 janvier dernier, les Canadien.ne.s ont vu avec effroi l’un des grands symboles de la démocratie s’incliner sous le poids de l’insurrection à Washington DC. Dans ces moments déchirants, nous, les Canadien.ne.s, avons été forcé.e.s de nous interroger sur la santé de nos propres institutions démocratiques. Ce jour-là, nous avons vu avec quelle facilité la démocratie pouvait être mise à mal. Dans les jours à venir, nous devons prendre des mesures pour que nos jeunes aient un sentiment d’appartenance à leurs institutions démocratiques, comprennent leur fonctionnement et s’engagent à y participer activement, d’une manière ou d’une autre. Il n’existe pas d’autre moyen de consolider notre propre démocratie.

Éduquer et exposer les jeunes Canadien.ne.s à l’engagement civique exige un effort concerté de la part de tous les secteurs. Cela nécessitera le soutien des leaders d’opinion de tout le pays et un engagement à soutenir les enseignant.e.s et les parents qui tâchent de faire leur part. Pour éliminer les obstacles et améliorer l’accès à l’éducation civique, il faut commencer par ouvrir des portes, penser de manière créative et communiquer au-delà des chambres d’échos qui réunissent actuellement des personnes déjà engagées. L’apathie et la complaisance n’ont aucune chance face à des jeunes qui croient avoir leur mot à dire et font partie de notre démocratie au même titre que les autres Canadien.ne.s. En d’autres termes, si les jeunes sentent qu’une démocratie saine et accessible est entre leurs mains, elles/ils sont particulièrement susceptibles de s’y investir, d’en être fier.e.s et de la protéger.

En février et mai 2020, Abacus Data a mené, au nom de la Fondation Rideau Hall, deux enquêtes sur l’engagement des Canadien.ne.s envers les institutions publiques (interaction auto-identifiée ou sentiment qu’une institution joue un rôle actif dans leur vie). Bien que nous ayons constaté une augmentation de l’engagement auprès des institutions publiques dans toutes les tranches d’âge, les jeunes Canadien.ne.s (âgé.e.s de 18 à 29 ans) se considèrent toujours comme les moins engagé.e.s. En fait, cette tranche d’âge a obtenu 30 points de moins que les personnes âgées de 60 ans et plus en ce qui concerne les mesures de base de l’engagement. Nombre de jeunes pensent qu’elles/ils peuvent faire (et font) une différence à travers des formes d’activisme plus locales ou informelles, mais elles/ils ne sont pas aussi nombreuses.eux à s’impliquer dans les étapes formelles plus importantes. Il est primordial que nous comprenions et que nous nous penchions sur les raisons qui expliquent que les jeunes ne voient pas de possibilités pour ce type d’activisme dans nos institutions nationales.

Les jeunes, bien sûr, reflètent pleinement la diversité canadienne et ne sont pas plus monolithiques que le reste de la population. Elles/ils constituent chaque fil qui compose le tissu social du Canada. Il peut donc être difficile de les atteindre, mais cela signifie également que le retour sur ces efforts sera particulièrement important lorsqu’ils seront conjugués à l’énergie débordante, l’esprit critique et la volonté de défier l’autorité que portent souvent les jeunes. Nous avons besoin d’une approche de l’éducation civique qui, en fin de compte, encourage les jeunes à faire preuve d’audace, à aller plus loin, à s’engager dans la fonction publique et à prendre des initiatives.

Nombre de leaders civiques qui occupent actuellement des postes au sein du gouvernement canadien ont été inspiré.e.s par le Forum pour jeunes Canadiens – un programme national créé en 1975, qui vise à donner aux jeunes les moyens de s’engager civiquement de manière significative tout au long de leur vie, grâce à des expériences d’apprentissage en équipe d’une durée d’une semaine sur la Colline Parlementaire et dans ses environs. Ce programme, récemment mis en place en partenariat avec la Fondation Rideau Hall, a constitué un tournant pour ces futur.e.s leaders qui ont commencé à envisager un Canada meilleur, comme elles/ils l’imaginaient.

Depuis des décennies, le Forum offre aux jeunes du secondaire un espace unique pour découvrir notre démocratie aux multiples facettes et les institutions qui en constituent le fondement. Pour ce faire, il crée des liens, donne de l’inspiration, expose les jeunes Canadien.ne.s à diverses perspectives et idées et les encourage à éliminer tout obstacle à leur imagination et à leurs aspirations. Après près d’un demi-siècle, le temps est venu de réinventer le Forum pour les jeunes d’aujourd’hui, en s’appuyant sur ses forces et son héritage tout en s’adaptant aux possibilités d’apprentissage nouvelles et innovantes  basées sur l’expérience et l’engagement.

Le moment est venu d’encourager la croissance exponentielle des idées audacieuses des jeunes. Le moment est venu de s’assurer que nos jeunes leaders reçoivent le soutien et les outils dont elles/ils ont besoin pour garantir leur engagement significatif et continu dans toutes les sphères de la société canadienne. La force de la démocratie canadienne en dépend. L’avenir du Canada en dépend.

Teresa Marques est la présidente-directrice générale de la Fondation Rideau Hall. Marlene Floyd est la présidente du conseil d’administration du Forum pour les jeunes Canadiens.