OTTAWA (ONTARIO) – Le Forum des politiques publiques (FPP), en partenariat avec la Fondation Rideau Hall (FRH) et la Fondation des Prix Michener (FPM), publie aujourd’hui un rapport qui met en lumière l’état critique du journalisme local partout au Canada. Il formule des recommandations urgentes pour revitaliser cette industrie essentielle à la démocratie canadienne.
Étayé par un sondage exclusif réalisé par Ipsos auprès des Canadiens et Canadiennes vivant dans de petites collectivités, le rapport Remettre le local au cœur des médias locaux fait état d’un déclin inquiétant des services de nouvelles locaux, une tendance qui entraîne l’augmentation du sentiment d’isolement, une confiance effritée, ainsi que des effets néfastes pour les entreprises locales.
Selon l’équipe du projet de recherche sur les médias locaux de l’Université métropolitaine de Toronto, le nombre d’organes médiatiques locaux a connu une baisse nette de 252 au Canada depuis 2008, dont 24 seulement depuis 2023. Le rapport souligne l’importance de favoriser la propriété locale pour aider à reconstruire cette industrie indispensable aux communautés.
« On sous-estime l’importance des nouvelles locales dans l’écosystème médiatique », alerte Inez Jabalpurwala, présidente-directrice générale du FPP. « Elles contribuent à créer des espaces civiques dont nous avons plus que jamais besoin et qui sont le socle de démocraties saines. »
Dans le cadre du sondage Ipsos réalisé en janvier 2025 pour la présente étude, 87 % des répondants ont déclaré que les médias locaux sont importants pour le bon fonctionnement de la démocratie. De plus, 85 % d’entre eux font confiance à la radio et aux journaux locaux, alors qu’ils sont 71 % à se fier aux journaux nationaux et seulement 55 % aux sites de nouvelles internationales. Fait inhabituel : le sondage s’intéressait aux petites collectivités. Des 1 001 Canadiennes et Canadiens interrogés, une moitié vivait dans des localités de moins de 10 000 personnes et l’autre, dans des villes d’entre 10 000 et 100 000 habitants*.
Une importante proportion d’entre eux reconnaissait que le déclin des médias locaux entraînait des conséquences inquiétantes. Ils ont affirmé que le phénomène menait à une méconnaissance accrue du fonctionnement des écoles, des hôpitaux et des gouvernements locaux (61 %), à l’affaiblissement des liens sociaux (58 %), à la baisse de participation aux événements locaux (57 %), à la diminution du sentiment de solidarité communautaire (54 %) et à la baisse de la demande pour les produits et services des entreprises locales (36 %).
Le rapport publié aujourd’hui découle d’un récent colloque national qui a été organisé par la FPM et la FRH et qui rassemblait des éditeurs et diffuseurs de nouvelles locales. Il pointe vers plusieurs facteurs qui contribuent à la crise des médias locaux : l’échec du modèle de propriété entrepreneuriale non locale, l’effondrement des revenus publicitaires traditionnels (entre 2018 et 2022, ces revenus ont chuté de 44 % pour les journaux locaux) et la décision de Meta de bloquer les nouvelles canadiennes sur Facebook et Instagram.
Malgré ces problèmes, le rapport le souligne, de vigoureuses jeunes pousses (organismes sans but lucratif, entreprises en démarrage, médias appartenant au personnel, etc.) trouvent des stratégies novatrices pour servir leurs collectivités.
« Le journalisme est l’une des assises de notre démocratie. La situation précaire des médias locaux nous renseigne donc sur la fragilité du système. Cela dit, je suis rassurée par les approches novatrices sur lesquelles misent les petits services de nouvelles locaux partout au pays. Le rapport en donne plusieurs exemples », a déclaré Teresa Marques, présidente-directrice générale de la Fondation Rideau Hall. « Aujourd’hui plus que jamais, il est impératif d’innover pour revitaliser l’information locale et les petites salles de rédaction communautaires. »
Pour maintenir un flux de nouvelles fiables, le rapport insiste sur le fait que les politiques publiques ne doivent pas chercher à préserver les médias sous leur forme traditionnelle, mais plutôt encourager l’innovation. En ce sens, il émet un ensemble de recommandations à l’intention des gouvernements et des philanthropes, notamment :
Créer un organisme sans but lucratif basé sur le modèle Report for America afin de financer des mandats de trois ans pour les journalistes des salles de presse locales. Un conseil indépendant administrerait les fonds fournis par le gouvernement fédéral pour l’Initiative de journalisme local, fonds qui seraient bonifiés à parts égales par des dons philanthropiques.
Encourager la publicité locale en offrant un crédit d’impôt aux entreprises locales qui achètent des espaces publicitaires auprès de médias indépendants appartenant à des propriétaires locaux.
Diriger une partie des investissements publicitaires gouvernementaux vers les éditeurs et diffuseurs locaux, comme l’a récemment fait l’Ontario en exigeant que 25 % des budgets publicitaires du gouvernement – notamment les dépenses de quatre grandes agences provinciales – soient dirigés vers des éditeurs basés dans la province.
Imposer une période de préavis de vente, pour donner aux collectivités concernées la possibilité de soutenir les organes de presse qui seraient menacés de fermeture par les entreprises propriétaires.
Accroître la participation des fondations communautaires. Le Canada compte plus de 200 fondations communautaires et des milliers de fondations privées. Il faut les inciter à soutenir la couverture de l’actualité locale dans le cadre de leurs missions plus larges visant à encourager la vitalité sociale, la santé communautaire et la démocratie locale.
« Médias, gouvernements, particuliers, organismes caritatifs : nous avons tous un rôle à jouer pour assurer la pérennité de l’information locale. Ce rapport indique le chemin à suivre pour stabiliser l’avenir du journalisme local et, du même élan, aider à protéger notre démocratie », a affirmé Paul MacNeill, membre de la direction de la FPM et éditeur d’un journal communautaire à l’Île-du-Prince-Édouard. « Pour la première fois, les Canadiens réalisent le caractère essentiel des nouvelles locales. Trop de collectivités ont déjà souffert de la fermeture de leurs médias. Il est temps d’agir et de suivre les recommandations, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. »
Remettre le local au cœur des médias locaux a été rédigé par Andrew Phillips (ancien rédacteur en chef du Montreal Gazette et du Victoria Times Colonist), Edward Greenspon (membre du FPP et ancien rédacteur en chef du Globe and Mail) et Alison Uncles (vice-présidente du FPP et ancienne rédactrice en chef du magazine Maclean’s).
* Ipsos a réalisé le sondage en ligne auprès de résidents canadiens âgés de 18 ans ou plus et vivant dans des collectivités de moins de 100 000 habitants. Les résultats sont considérés comme représentatifs de la population canadienne adulte à plus ou moins 3,5 points de pourcentage près.
Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec :
Allison MacLachlan
Directrice des relations externes et de la mobilisation du public
Fondation Rideau Hall
613-316-3473
Alison Uncles
Vice-présidente
Médias et communications
Forum des politiques publiques
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