Un nouveau rapport présenté par le Forum des politiques publiques (FPP), la Fondation Rideau Hall (FRH) et la Fondation des Prix Michener (FPM) propose des pistes de solution pour revitaliser l’écosystème des nouvelles locales au Canada à partir des succès de certains médias indépendants qui sont parvenus à survivre, et même à prospérer.
La survie du journalisme local est menacée. Selon le projet de recherche sur l’information locale « Local News Research Project », plus de 600 médias locaux dans 388 communautés ont cessé leurs activités depuis 2008. La capacité des médias locaux à couvrir l’actualité s’effrite alors que les communautés n’ont jamais eu autant besoin d’une information fiable.
Malgré la complexité de la situation, plusieurs lueurs d’espoir poignent à l’horizon.
Co-écrit par les journalistes chevronnés Tim Harper et Alison Uncles, le nouveau rapport – intitulé Restructurer le monde médiatique: Comment les médias locaux peuvent se sauver eux-mêmes – dit que l’avenir du journalisme local au Canada dépend de trois fronts principaux : l’innovation, la diversification des sources de revenus et la collaboration accrue entre les différents acteurs de l’information locale.
Ce rapport est le troisième d’une série menée par le FPP, la FRH et la FPM sur le sujet de la presse locale et du rôle qu’elle joue au pays. Les deux rapports précédents, Remettre le local au cœur des médias locaux et L’information en question, exposaient les lacunes en matière de reportages locaux et de couverture électorale.
Au cours de la dernière année, la recherche de solutions s’est intensifiée, faisant émerger de nouvelles initiatives provenant d’organisations philanthropiques, d’entrepreneur.e.s et d’organismes publics.
Le rapport fait état de plusieurs pistes de solution, dont la mise en place d’un réseau de soutien juridique pour les journalistes, la recherche de financement philanthropique et une augmentation de la place accordée à l’information locale à l’antenne des radiodiffuseurs nationaux.
Le rapport insiste sur le fait que, pour assurer leur viabilité financière, les médias locaux ne peuvent miser sur une solution unique : ils doivent forger des partenariats et diversifier leurs sources de revenus (abonnements, événements, commandites, publicité).
Certains médias locaux ont usé de créativité pour générer de nouveaux revenus et ainsi financer les activités de leur salle de rédaction; soulignons entre autres l’organisation d’événements communautaires, la vente de produits, de même que la diffusion de parties de bingo sur une chaîne de télévision locale.
Le rapport souligne aussi l’apport de plus en plus vital des dons philanthropiques, qui permettent l’impulsion nécessaire au démarrage de nouveaux projets. Toutefois, comme l’indique le rapport, cette solution ne doit être que temporaire : « Les fonds philanthropiques et publics sont actuellement nécessaires… mais l’objectif à long terme est de développer des entreprises viables, capables de résister aux turbulences économiques, politiques et philanthropiques. »
S’appuyant sur des modèles émergents ayant souri à bon nombre de médias locaux, le rapport propose plusieurs actions, dont les suivantes :
- Le lancement, à l’échelle nationale, d’un accélérateur de médias locaux financé par des dons philanthropiques, pour soutenir le développement intensif des médias de petite taille, en fournissant entre autres des conseils, de la formation, de l’expertise et des outils sur une courte période.
- La création d’un carrefour de services, pour faciliter la collaboration des médias locaux sur divers aspects administratifs, comme les paies et les ressources humaines, ou même l’édition.
- La modification des exigences de qualification pour les organisations journalistiques canadiennes, afin de rendre les petits médias locaux admissibles aux mesures de soutien.
- La simplification du processus de financement gouvernemental en un guichet unique, pour réduire le fardeau administratif des médias locaux.
« Lorsqu’une communauté perd sa presse locale, ses membres perdent le récit de leur expérience commune. La reconstruction des médias locaux est essentielle pour renforcer l’engagement civique et la cohésion sociale. Ce rapport démontre que malgré les nombreux défis, des solutions sont à portée de main », explique Inez Jabalpurwala, présidente-directrice générale du FPP.
Teresa Marques, présidente-directrice générale de la Fondation Rideau Hall, ajoute : « Le secteur philanthropique joue un rôle crucial dans le soutien et la protection de la presse locale. Il peut non seulement alléger la pression exercée par la diminution des recettes publicitaires et d’abonnement, mais aussi accroître les capacités, contribuer à l’acquisition de nouvelles compétences et soutenir l’innovation et la prise de risques qui permettront à ces médias de continuer d’exister, et même de prospérer. »
« Les médias locaux sont au cœur des communautés », précise Margo Goodhand, présidente de la Fondation des Prix Michener. « Ils racontent leurs histoires et préservent leur mémoire collective. Partout au Canada, on voit des médias locaux qui font preuve d’énormément de créativité et d’audace pour ne pas fermer leurs portes. Le temps est venu de joindre nos efforts pour assurer ensemble l’avenir du journalisme local. »
Le rapport conclut qu’il est impératif, pour les médias locaux, de continuer de rappeler au public la valeur du journalisme local, notamment sa capacité à renforcer les communautés, à accroître l’imputabilité et à soutenir la vie démocratique au pays. Car, oui, le journalisme local est à la source d’une saine démocratie.